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Willy Farfan
20 ans
Quand nous avons rencontré Willy pour la première fois en 1988, nous avons été immédiatement conquis. Ce gamin de huit ans, la fronde à la main et le visage balafré, avait déjà une réputation de petit dur qui n'hésitait pas à boire et à fumer pour épater la galerie. Willy s'est retrouvé dans la rue à l'âge de six ans. Il nous raconte que ces parents buvaient tous les deux et le frappaient régulièrement avec une ceinture. Il n'est jamais vraiment allé à l'école même si c'était son désir le plus grand. Malheureusement, nous n'avons passé que très peu de temps avec Willy lors de notre premier voyage. Deux jours après l'avoir rencontré, Willy était arrêté par la police et envoyé dans un centre de détention pour enfants.
Dès notre retour en 2000, nous nous rendons au même centre de détention et découvrons que Willy figure toujours dans les registres pour des délits de vol et d'intoxication à la colle. Aujourd'hui, Willy a 20 ans et il est toujours dans le rue. Il cire les souliers dans une autre ville du Pérou. Il ne lui reste plus qu'une petite soeur de sept ans qu'il ne voit que très rarement, son frère aîné, ayant été tué dernièrement dans une bataille de rue. La vie de Willy jusqu'à mainteneant n'a pas été des plus faciles. Il nous dit :«La vie que j'ai connue a été vraiment dure et triste. Il y en a qui vivent toute leur vie sans connaître la tristesse et la misère que j'ai subies. Moi, j'ai enduré tout ça. Toutes ces nuits passées au pied des arbres ou sur des bancs de parc. Toutes ces fois où j'ai pleuré parce que je n'avais rien à manger.»


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Carlos Farfan
24 ans
Carlos pourrait bien être celui qui a le plus changé au fil des ans. Quand nous l'avions rencontré pour la première fois, il avait 12 ans. Il était un enfant rieur qui aimait s'amuser et il était d'une candeur désarmante. Carlos était l'aîné d'une famille de quatre enfants. Son père était cordonnier et musicien mais il buvait beaucoup trop et frappait sa femme régulièrement. Celle-ci s'est alors enfuie dans son village avec les deux plus jeunes enfants, abandonnant ainsi Carlos et sa soeur Betty. A sept ans, Carlos était donc dans la rue.
Aujourd'hui, il a 24 ans et il nous apparaît comme un homme usé par la vie, son visage marqué par d'innombrables batailles de rue. Il est musicien tout comme son père, il joue du tambour dans un orchestre local. Il arrive à peine à joindre les deux bouts. Il a une femme et deux enfants et un problème de boisson. Son rêve est d'obtenir un autre emploi en plus de sa musique : '«Si j'avais un deuxième emploi, je ferais assez d'argent pour survivre. Je veux m'occuper de ma famille, mes frères, mes soeurs, tout le monde. J'aimerais acheter une petite maison et un terrain. Je vivrais là avec ma famille.»


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Angel Yapura
24 ans
En 1988, Angel avait 12 ans. Il était très indépendant et les années qu'il avait passées dans la rue lui en avaient appris beaucoup sur la vie. Il est l'aîné d'une famille de neuf enfants. Jeune, sa mère était malade, son père buvait et lui avait un goût de liberté. C'est comme ça qu'il s'est retrouvé dans la rue. Il avait un sens artistique très développé. Il adorait chanter et se donner en spectacle.
Nous n'avons pas été très surpris d'apprendre qu'Angel est aujourd'hui un et guitariste de talent. Il joue régulièrement avec un groupe de musiciens dans les restaurants de Cusco. Marié depuis peu et père d'une jeune fille, Angel s'est réconcilié avec ses parents et vit avec eux sur une ferme à 30 km de Cusco. À première vue, Angel semble le plus chanceux des trois garçons. Il a les aptitudes et la possibilité de s'en tirer et de réussir dans la vie. Mais lors d'une visite dans sa famille, sa mère touche à un point très sensible : l'alcool et ses effets dévastateurs sur sa famille. L'abus d'alcool nous apparaît bientôt comme l'ombre au tableau et la menace qui plane sur la nouvelle vie d'Angel.


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Sonia Najarro Quispe
20 ans
Enfant, Sonia semblait porter le poids du monde sur ses épaules. Cette petite fille timide de 12 ans travaillait tous les soirs pour aider sa mère à subvenir aux besoins de la famille. Elle vendait de l'artisanat dans les rues de Cusco. Il y a 12 ans, quand nous lui avions demandé ce qui la rendait la plus triste, Sonia nous avait répondu, sa mère. Par la suite, elle nous avait raconté comment sa mère avait été battue régulièrement par son père alcoholique. Aujourd'hui, sa réponse à cette question n'a pas changé. D'une certaine façon, être l'aînée d'une famille de huit enfants a obligé Sonia à grandir plus vite et à assumer de lourdes responsabilités.
Quand nous l'avons revue cette année, nous avons été surpris et enchantés, par son sourire radieux et son assurance. Sonia vend toujours de l'artisanat aux touristes, sauf qu'aujourd'hui, elle travaille dans une boutique plutôt que dans la rue. Le peu d'argent qu'elle parvient à mettre de côté, Sonia le donne à sa mère, qui vit dans un bidonville de Lima. Sonia essaie d'oublier son passé douloureux et en dépit de tout, se tourne résolument vers l'avenir. «Je veux rester célibataire. Je ne veux pas me marier et je ne veux pas avoir d'enfants non plus. J'aimerais avoir ma propre maison et la remplir d'animaux, surtout des chiens et des chats. J'aimerais aussi élever mes petits frères et surs comme s'ils étaient mes propres enfants. J'aimerais leur enseigner tout sur la vie.»


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